Texte final _ Concert pédagogique au lycée Georges Clemenceau Discours du Minotaure

Discours du Minotaure

 

 

Ne détournez pas le regard ! Regardez-moi ! Détrompez-vous, je le mérite ! Le mal de mon corps est celui de vos âmes. . Alors je suis un monstre parce que j’ai ce visage ? Je suis un monstre parce que je suis différent ? Oui ! Je suis différent. Je suis différent mais pas moins humain. Les monstres, c’est vous ! Tous pareils, conformes à des normes imaginaires. Tous aveuglés par un idéal de pacotille.

Contemplez les plaies à mes bras d’homme lacérés de vos blâmes. Mais que dites-vous ? Je suis un monstre ! Oui ! Le monstre de vos cœurs amers et suintants de dégoût. Qui de nous est-il le plus humain ? Moi et ma tête de bœuf ou vous esthétiquement agréables, mais d’une intériorité infecte ? Vous m’avez caché, vous m’avez torturé, vous m’avez aboli. Vous m’avez réduit à la laideur de mon corps dans vos âmes malades. Mais aujourd’hui, la vérité, je la crie sur les toits de la Crète. La vérité, je la vomis sur vos foyers et vos familles. La vérité, je la crache à la face pâle des femmes, à la musculature des hommes virils.

Pourquoi tant d’interrogation à vos fronts ? Tant de sourcils froncés ? De traits sceptiques ? Entendez ! Vos corps ne sont que tromperies ! Mensonges ! Illusions et drames.

Mais voilà que je m’éprends de haine contre vous, contre vos infortunées personnes. Nous sommes ce que nous faisons et rien d’autre ! Je suis un homme bon. Car oui ! Je suis un Homme ! Je vous parle ! Je ris, pleure, souris, crie ! J’ai mal quand je tombe, j’ai mal quand on me frappe, j’ai mal quand on m’appelle monstre. Et surtout, j’ai peur, comme vous. J’ai peur de mourir, comme vous. J’ai peur de la colère des Dieux, comme vous.  Qu’y a-t-il de plus humain que la peur ?

Vous criez au mensonge ? La matière dont nous nous constituons ne nous définit pas, ne nous ressemble pas ! Notre enveloppe de chair est bâtie indépendamment de notre volonté, elle est le fruit de la vile société, de l’injuste nature.

Vous êtes tous bernés par les paroles suaves d’un roi aussi perdu que vous l’êtes.

 

Brisez plutôt les chaînes de vos cœurs opprimés, ouvrez vos cœurs aux autres. Des trésors se cachent en leurs âmes jumelles. En leurs intériorités identiquement différentes. Ouvrez-vous au monde ! Souriez aux larmes… Négligez les enveloppes charnelles.

Ici ou là-bas, peu importe celui que vous êtes. Maintenant ou plus tard, toujours, en chaque instant, vos vies se consumant, vous souffrirez ! Vous souffrirez. Vous souffrirez encore et toujours. Irrévocablement, vous souffrirez. Souffrir est de nature humaine. Mais il reste à l’homme son regard, son âme, son cœur pour voir la Beauté dans ce qui l’entoure, dans les petites comme dans les grandes choses, dans l’Art comme dans le quotidien.

Alors pour guider vos pas, soignez vos esprits malades et rayonnez ! Rayonnez tel l’astre doré et apportez vos éclats dans les vies les plus sombres. Soignez les frêles existences. Et alors vous existerez. Existez pour vos prochains et la peine, la souffrance, jamais, au grand jamais, ne seront vaines. Amenuisant la souffrance de l’autre, vous amenuiserez la vôtre. La main que vous tendez, le sourire que vous offrez, la beauté que vous révélez, vous seront rendus, sans que vous ayez à le désirer. Aimer l’autre c’est s’aimer soi-même. C’est le premier pas vers la paix. Et la plus grande chose que vous puissiez faire pour enfin exister, c’est de vous aimer, vous.

Ainsi, aimant, et existant, vous cesserez d’être un monstre et vous vous engagerez sur le chemin de l’humanité. Un monstre, ce n’est qu’un homme à qui on a volé la raison, la pensée, l’âme et la lumière, l’Art, l’amour, … la musique.

Texte écrit par Bertille BRICOU, 2nde 2

Avec des compléments de Capucine Durand 2nde 2

Musique jouée par Lucile BERGERON, 2nde 2