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ORFEO

Orfeo (c) Axel Arno

Mélologue d’après les livres X et XI des Métamorphoses d’Ovide
Projection simultanée du film Orfeo d’Axel Arno

Orfeo (2009)
Silvia Colasanti

Commande du Paris Mozart Orchestra et de la Philharmonie de Paris
Mélologue pour récitant et ensemble instrumental

L’histoire d’Orphée nous émeut parce que c’est l’histoire d’un échec, l’échec de concilier les deux forces mystérieuses et primordiales de l’existence humaine, l’amour et la mort. L’amour est à chaque fois folie, extase et souffrance, mais aussi expérience voluptueuse à vivre ou à regretter. La mort est l’ennemi à vaincre, objectif atteignable qu’en partie : le poète réussira à la vaincre, et à faire triompher la résurrection, mais une fois seulement, la deuxième sera un échec, non à cause de l’inefficacité de son chant plein de tristesse mais à cause de l’inexorabilité du destin. Le mythe développe aussi des thèmes chers, depuis toujours, aux hommes d’aujourd’hui : la brièveté de la vie et l’éternité de l’art, la possibilité à travers la musique de vivre avec la douleur, le pouvoir de la poésie, l’art comme expression de la réalité, le choc entre la réalité et l’imagination, et enfin le lien extraordinaire entre l’homme et la nature. Orphée est un héros moderne, humain et fragile, qui ne sait pas résister à sa passion et se retourne vers Eurydice en rompant le charme par sa désobéissance.

Orfeo (2009) se présente comme un « concerto » pour voix récitante et ensemble avec une alternance entre parole et musique. La musique a une fonction dramaturgique très intense qui est celle d’exprimer un état primordial de la pensée quand celle-ci est encore au stade du ressentir. À des moments précis, les sons amplifient le sens du texte et en soulignent certains aspects, dans d’autres, ils expriment toutes les choses non dites. C’est pourquoi la musique cohabite avec la parole à certains endroits et à d’autres, elle est seule. Quand Orphée remonte des Enfers, il y a une section exclusivement instrumentale pour exprimer la suspension entre la pulsion passionnelle de savoir et le frein rationnel du tabou. Elle est suivie par une autre section musicale – entièrement construite à partir de la réinterprétation de l’aria que Monteverdi a écrite pour ce moment dans son opéra, et qui est, ici confiée à un cor placé derrière le public – pour raconter la joie et la douleur d’Eurydice en voyant le visage d’Orphée. La musique seule remplace plus loin les histoires chantées par Orphée après son retour des Enfers et, dans le finale, elle évoque la mort violente du poète tué par les Bacchantes, sa souffrance et en même temps son désir de retrouver l’être aimé, et sa descente définitive dans l’Hadès. Ici, Ovide nous offre une image merveilleuse : celle de la tête et de la lyre d’Orphée qui entraînées par le fleuve, chantent encore tandis que la nature semble répondre à ces sons par le chant différent de l’eau et de la rive.

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Dans la presse :

Concert du 25 mars 2017 au Théâtre Liberté de Toulon

« L’Orfeo de Silvia Colasanti [...] dévoilait une musique cinétique. Épousant les courbes d’un beau récit parfaitement théâtralisé, elle alternait dans une orchestration lumineuse, violence rythmique lors des moments de tension évoquant la mort avec prédominance de la percussion, et temps suspendu lors des moments d’apaisement avec longues tenues et glissandi aux cordes. L’excellence des instrumentistes du Paris Mozart Orchestra très bien dirigé par Claire Gibault était également sollicité pour une très belle orchestration de Jean-Claude Petit sur les Six épigraphes antiques de Debussy. » Zibeline, avril 2017